regard bovin

extrait

Bovidé caprin ressemblant au gnou africain.
Cornu, dodu, gros comme deux vaches, le takin vit dans les montagnes de l’ouest de la Chine, mais il vit également dans le cinquième arrondissement de Paris, dans un enclos de quelque cent mètres carrés à l’intérieur duquel une construction de bois d’une hauteur approximative de deux mètres cinquante lui sert de montagne chinoise.
Du haut de son promontoire, se remémorant probablement les souvenirs lointains de ses origines perdues, il me regarde, immense, immobile.
Il me regarde fixement, ses yeux ne quittent pas les miens, je me décale légèrement vers la droite, son regard aussi.
Je tente une échappée à gauche, les buissons me cachent, j’avance de manière à réapparaître un peu plus loin, derrière un autre pan de grille.
Les yeux du takin sont déjà posés sur les miens, comme s’il avait vu mon avancée derrière les buissons, comme s’il n’y avait pas eu de buissons. Il n’a pas bougé de sa montagne mais ses yeux, comme mes pieds, ont fait le tour de la cage. J’essaye d’imposer la même intensité à mon regard, présent, appuyé, lourd, vide. Une tristesse bovine m’envahit, nos regards fixes s’enfoncent l’un dans l’autre, je me sens takin, dodue, grosse comme deux vaches et perdue.

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