mon mur est jaune

extrait

Mon mur est jaune.
Il est jaune, pâle et muet.
Ce n’est ni le temps qui l’a vieilli, ni le soleil qui s’y reflète.

Trois quarts de blanc et trop de jaune primaire,
mon mur est jaune pâle.

Juste assez jaune pour me rappeler qu’il n’est pas blanc.

Si jaune que je n’ose rien y accrocher. Perplexe, je le regarde.
Consciente de sa laideur, je ne m’y noie pas je le vois.
Je le vois et comprends que nous ne sommes pas faits pour nous entendre.
Déjà plusieurs fois l’impression qu’il me narguait,
seuls et tristes de cette mauvaise collocation.

Une relation vouée à l’échec.
Deux mois qu’un même toit nous recouvre sans effort de vie commune.
Il me fait honte et méprisant sa pudeur je l’offre nu aux visiteurs.

Beaucoup trop jaune,
mon mur est jaune.

Je ne veux pas qu’il salisse mes souvenirs,
Je ne veux pas qu’il encadre mes peintures.
Je ne lui donnerai aucune chance, pas même celle de porter une étagère.

Ce mur ne m’évoque rien, ne me plait pas, ne me dit rien.

Mon mur est jaune,
n’est pas mon mur,
mon mur est vide.

3m80 sur 2,50
2×2 ampoules pour me faire croire en sa lumière
1 table et 3 chaises qui font semblant de l’habiller
Un bout de miroir pour lui tourner le dos
Mon mur est jaune.

Mon mur n’est pas une fenêtre, n’est pas une glace, ne parle pas, ne reflète rien et ne me protège même pas. Je pense maintenant que quelque chose se cache derrière la couche de beurre rance qui le recouvre.

Puisque je me refuse à l’habiller, je vais le gratter jusqu’à la moelle, le faire fondre, l’aspirer, le balayer, je vais souffler-souffler et le jaune s’envoler !

Mais il ne cache pas plus qu’il ne montre.
Ne cache que la cuisine.
Me montre toute sa couleur.

Mon mur est jaune, je suis grise, aigrie, déguisée pour ne pas le voir se taire.

Pourquoi vois-tu l’éponge desséchée, la bouteille d’huile mal fermée, la crème plus très fraîche ?

Pourquoi pas les grains de sable ou de couscous, la pulpe d’orange dans le fond de la bouteille en verre, les rayons du soleil dans les cheveux de Maman, la lumière d’automne (douce et chaude derrière la vitre à 15 heures le dimanche) ?

Murée dans ce dégoût, je m’y cogne, il pleure jaune et déteint sur mes joues.

Affectée par sa faiblesse
mon mur et je suis triste

Mon mur est jaune et cet artifice n’a pas l’air de lui convenir.
Mon mur est jaune et j’aurais voulu compatir.
Nous ne nous connaissons pas,
il me regarde, tout sourire, toujours prêt à m’accueillir,
quand j’ouvre la porte il me fait face,

Et moi je ris jaunasse.

Mon mur est lisse et nous ne nous connaissons pas.

Mon mur est lisse mais je n’y glisse.

C’est fou c’est flou.
J’ai tiré le rideau le soleil s’est couché. Pas moi parce que pas fatiguée.

Je voulais attendre que l’ampoule éclate pour aller dormir. Mais si elle n’éclate pas ? Ou si elle éclate à midi ?

J’éteins.
Le mur n’est plus jaune ! Il m’a laissé des bouts d’omelettes, qui volent et pas très cuites.

Je tâtonne m’accroche me cramponne longe le mur vers le lit parce que c’est là qu’on passe la nuit.
Ça pue un peu.
Les omelettes volent devant mes yeux.

Allongée là éveillée pourtant. Bien trop concentrée pour ne serait-ce que somnoler.
J’adore dormir mais pas quand je n’y arrive pas.
L’obscurité est aussi insupportable que celle de la sieste dont on se réveille à vingt heures.
À peine aujourd’hui que déjà demain. Je suis très ennuyée quand le soleil ne m’attend pas pour aller se coucher.

Les omElettes peu à peu disparaissent. C’est une histoire dit-on de persistance rétinienne.
Maintenant mes yeux sont ceux d’un chat qui dormirait sur le dos.
Je n’aime pas les chats.

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